Une revue francophone sur les psychédéliques,
mais surtout un endroit pour penser autrement le soin, la conscience,
et ce que ça veut dire, aujourd’hui, de chercher qui l’on est.

Newsletter №002 · Le soin se joue dans le hors-champ
Parution · mercredi 29 juillet 2026 · 7 h

002

Thème du numéro Le soin se joue dans le hors‑champ

Personne n’a prévu l’après

Sur plus de cent retraites auditées, une seule décroche un A. Un laboratoire fait breveter les protocoles jusqu’en 2043. Un mois après une dose unique, l’activité cérébrale n’est pas revenue à son point de départ. Cette semaine, tout ramène à ce qu’on met autour de la molécule.

L’archive

Charcot présente une patiente hypnotisée à la Salpêtrière : eau-forte d’A. Lurat, 1888, d’après le tableau de P. A. A. Brouillet (1887).
Charcot présente une patiente hypnotisée à la Salpêtrière : eau-forte d’A. Lurat, 1888, d’après le tableau de P. A. A. Brouillet (1887). Wellcome Collection, licence CC BY 4.0.

Brouillet peint la scène en 1887, Lurat la grave l’année suivante pour qu’elle circule dans l’Europe savante. Regarde l’agencement : une patiente est le seul corps couché au milieu d’un dispositif entièrement tourné vers elle, lampes, chaises alignées, assemblée en redingote, le maître qui commente, la surveillante qui tend le bras. Le peintre ne documente pas une guérison, il compose un théâtre. Et il montre ce que la médecine de son temps préférait taire : l’état où l’on met quelqu’un dépend d’abord de ce qu’on a installé autour de lui. Cent quarante ans après, on cherche encore comment écrire ça dans un dossier réglementaire.

L’édito

Le décor fait la moitié du travail

The Psychedelic Blog a passé plus de cent retraites, cliniques et facilitateurs au crible. Une seule décroche un A. Une. Le reste du classement raconte moins un scandale qu’un trou : personne n’a jamais défini ce qui doit entourer une prise, alors chacun improvise sa version.

L’industrie a très bien repéré l’aubaine. En Afrique du Sud, un laboratoire vient de faire breveter jusqu’en 2043 non pas une molécule, mais le mode d’emploi : les protocoles, les posologies, la sélection des patients. Autrement dit le décor. Verrouillé par ceux‑là mêmes qui expliquent au régulateur que rien, là‑dedans, ne relève du soin.

La science dit l’inverse, et elle le dit fort. Une dose unique de psilocybine, et l’activité cérébrale n’est toujours pas revenue à son point de départ un mois plus tard. Mieux : ceux dont cette activité devient la plus souple et la plus variée sont ceux qui déclarent en avoir tiré le plus. Le voyage dure six heures. La trace, elle, s’installe.

Alors qui tient la salle ? Chez Chacruna, seize semaines de cours sur le chamanisme, l’éthique et le droit : le travail sérieux sur l’accompagnement existe, il se fait juste loin des labos. À l’autre bout, des ados d’un camp de vacances du New Jersey ont fini à l’hôpital après avoir croqué un chocolat aux champignons. Deux mondes qui ne se parlent pas.

Je n’ai aucune nostalgie du rituel pour le rituel, et aucun mépris pour la rigueur clinique. Mais il y a une chose que ni un brevet ni un essai randomisé ne savent faire tenir dans leurs colonnes : quelqu’un qui a préparé le terrain, qui reste dans la pièce, et qui rappellera le lendemain.

C’est peut‑être ça, le chantier de la décennie. Pas la molécule : elle est prête. Ce qu’on met autour, et qui s’en occupe.

Les brèves

Cinq signaux relevés cette semaine.

Société

Sur 100+ retraites psychédéliques auditées, une seule décroche un A

The Psychedelic Blog a passé au crible plus de 100 retraites, facilitateurs et cliniques, et n’en distingue qu’une seule tout en haut du classement. Un rappel utile que derrière la promesse de transformation, le marché des retraites reste un far west où la qualité (et la sécurité) varie du tout au tout. À garder sous le coude avant de réserver son aller pour l’ayahuasca.

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Science

Un mois après la dose, le cerveau n’est pas revenu à la normale

Une dose unique de psilocybine, et l’activité cérébrale reste modifiée jusqu’à un mois plus tard, avec des indices de changements structurels, rapporte ScienceDaily. Détail qui compte : ceux dont l’activité est devenue la plus souple et la plus variée sont aussi ceux qui rapportent le plus d’apport personnel. La trace ne s’efface pas quand le trip s’arrête.

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Business

Un brevet sud‑africain verrouille la psilocybine contre la fibromyalgie

Entropy Neurodynamics (ASX: ENP) décroche un brevet sud‑africain sur le traitement de la fibromyalgie par la psilocybine, protégé jusqu’en 2043. Le texte couvre les protocoles, les doses, la sélection des patients et la fabrication, autrement dit tout le mode d’emploi, pas seulement la molécule. La course aux brevets continue de dessiner qui aura le droit de soigner quoi.

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Spiritualité

Chacruna : seize semaines sur les racines rituelles de la thérapie

Seize semaines pour remonter en amont de la clinique : Chacruna lance son cours hybride Roots of Psychedelic Therapy, du 28 juillet au 10 novembre, sur le chamanisme, le rituel et l’usage traditionnel des plantes sacrées. Savoirs autochtones, éthique, droit et science dans le même programme. Pendant que l’industrie brevette des dispositifs d’inhalation, quelqu’un continue de tenir l’autre bout du fil.

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Culture

Ce qu’un jardin en bonne santé nous apprend sur un bon trip

DoubleBlind file la métaphore du jardinage pour parler de set and setting : douze règles où préparer le terrain, choisir la saison et accepter que ça pousse à son rythme valent aussi bien pour les tomates que pour une expérience psychédélique. Un texte léger sur la forme, mais qui dit une chose sérieuse : on ne force pas une récolte.

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Les recommandations

Rebecca et son expérience difficile : « Je me suis sentie emmurée vivante »

Thérapies psychédéliques (podcast indépendant, en français) Julie Dachez 32 min

Rebecca raconte une expérience aux champignons qui a mal tourné, et la cause n’est pas la quantité avalée : c’est un set and setting qui n’était pas fait pour elle. Julie Dachez laisse le témoignage se déplier sans le corriger ni le vendre, ce qui est plus rare qu’on ne croit sur ce sujet. Trente‑deux minutes qui expliquent mieux que n’importe quel papier pourquoi le contexte n’est pas un détail de confort.

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Trip of Compassion

Documentaire Gil Karni 2017

Quatre-vingt-trois minutes dans un service de l’hôpital de Beer Yaakov, avec des personnes en stress post-traumatique, de la MDMA et deux thérapeutes qui ne lâchent jamais la main. On y voit ce qui ne se mesure pas : le temps passé, la voix qui rassure, le retour au monde d’après. En hébreu sous‑titré anglais, et ça reste le film le plus parlant sur ce métier qui n’a pas encore de nom.

Regarder sur watch.plex.tv →

Voilà pour cette livraison. Si elle t’a servi, le meilleur geste, c’est de la transmettre à quelqu’un que ça pourrait intéresser.

La rédaction