Le 15 juillet, la justice kényane a débouté des fidèles rastafaris qui plaidaient depuis 2021 une chose simple : criminaliser la ganja revient à leur interdire leur sacrement. Trois jours après le jugement, The Guardian les a retrouvés en train de chanter dans une pièce sombre de Kibera. Le tribunal n’a pas dit que leur foi était fausse. Il a dit qu’elle ne pesait pas assez lourd.
Cette semaine, la même question revient sous quatre formes, et jamais la réponse n’appartient à ceux qui pratiquent.
Au Mexique, on presse les glandes du crapaud du désert de Sonora jusqu’à vider le désert. L’animal est sacré chez les Yaquis, il est devenu une matière première pour le marché du réveil spirituel. Un des collecteurs résume la mécanique mieux que n’importe quelle analyse : la molécule crée de la cupidité. La version synthétique existe, elle fonctionne, et elle ne coûte la vie à personne. On continue quand même.
Au Brésil, 309 pratiquants LGBTQIAPN+ du Santo Daime ont répondu à une enquête sur leur place dans l’église. La moitié se sent respectée, près de trois sur dix ont subi de l’homophobie franche, et 88 % réclament des commissions internes. Le sacré ne protège de rien tout seul : il transporte les régimes moraux de ceux qui le tiennent.
Et en Californie, la verrerie cassée du laboratoire de Sasha Shulgin part chez des artistes qui en font des pendentifs. On a le droit de trouver ça beau. Il faut aussi voir ce que ça dit : pendant qu’on refuse un sacrement à des fidèles kényans et qu’on vide un désert mexicain, l’Occident fabrique tranquillement ses propres reliques, avec ses propres saints, dans sa propre langue. Personne, jamais, ne poursuivra quelqu’un qui porte du Shulgin autour du cou.
Ce qui rend la semaine intéressante, c’est qu’une réponse existe, et qu’elle est modeste. L’institut Chacruna ouvre une formation de six mois pour accompagnants : éthique, cadre légal, prévention des abus, et un module sur la réciprocité envers les peuples qui ont inventé ces pratiques. Pas une préface, pas trois lignes de remerciements en fin de brochure. Un module, avec des heures dedans.
On ne réglera pas d’un coup la question de savoir à qui appartient une plante, un crapaud ou un chant. Mais on peut tenir une ligne : ce qui est sacré ne se décrète ni depuis un tribunal, ni depuis une salle de conseil, ni depuis un atelier de bijouterie. Ça se reconnaît, ou pas. Et quand on ne le reconnaît pas, on devrait au moins avoir la décence de dire qu’on prend.