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et ce que ça veut dire, aujourd’hui, de chercher qui l’on est.

Newsletter №006 · Le voyage, médicament ou effet secondaire
Parution · mercredi 26 août 2026 · 7 h

№006

Thème du numéro Le voyage, médicament ou effet secondaire

Le voyage, médicament ou effet secondaire

Johnson & Johnson met 85 millions sur un psychédélique sans voyage. La même semaine, Nature montre que le voyage n’est pas du bruit : il a une structure.

L’archive

Le premier recours à l’éther en chirurgie dentaire, 1846. Huile sur toile d’Ernest Board, peinte au début du XXe siècle.
Le premier recours à l’éther en chirurgie dentaire, 1846. Huile sur toile d’Ernest Board, peinte au début du XXe siècle. Wellcome Collection, domaine public.

Board peint la scène plus d’un demi‑siècle après les faits, et il choisit de tout miser sur un visage endormi. C’est bien l’événement : à partir de 1846, la médecine découvre qu’elle peut faire son travail pendant que le patient n’est nulle part. Le geste est si évidemment bon qu’il est devenu un réflexe, presque une définition du progrès. Retirer ce qu’on ressent. Cent quatre‑vingts ans plus tard, un laboratoire met quatre-vingt-cinq millions sur la même promesse, appliquée cette fois à une molécule dont l’effet est peut‑être, justement, ce qu’on ressent.

L’édito

Ce qu’on paie pour ne pas ressentir

Johnson & Johnson mène une levée de 85 millions de dollars chez Delix Therapeutics. La molécule s’inspire du crapaud du désert de Sonora, la plus foudroyante qu’on connaisse, et elle est dessinée pour ne rien faire voir du tout. Le groupe qui a mis la kétamine en pharmacie parie donc sur un psychédélique qu’on avale chez soi. Sans salle, sans accompagnant, sans huit heures à bloquer dans un agenda.

Le calcul est limpide, et il n’est même pas cynique : si l’expérience ne sert à rien, tout ce qui coûte cher s’en va avec elle. Le fauteuil, la personne assise à côté, le classement en stupéfiant, la facture à deux mille euros. Des gens que la perspective d’un voyage terrifie y gagneraient un traitement. Ce n’est pas rien, et on ne va pas faire semblant du contraire.

Sauf que la même semaine, soixante‑deux adultes sont passés à l’IRM et à l’EEG sous psilocybine, au repos, en méditation, en musique et devant un film. C’est la plus grande imagerie jamais faite d’une dose aiguë, elle paraît dans Nature, et son résultat est l’exact inverse de ce qu’on croyait acheter. Les frontières entre réseaux cérébraux s’effacent, oui. Mais ce qui les remplace n’est pas du bruit : le cerveau se réaccorde. Le voyage a une structure. On ne sait pas encore si elle soigne. On sait qu’elle n’est pas un déchet de fabrication.

Et il y a ce que les gens en font. CBS a rappelé un par un neuf vétérans américains partis chercher au Mexique, il y a un an, ce que leur système de santé ne leur proposait pas. La plupart parlent d’une vie coupée en deux. Aucun ne raconte une amélioration de score : ils racontent une histoire, avec un avant, un pendant, et quelqu’un qu’ils sont devenus. Essaie de retirer le milieu.

L’inverse existe aussi, et on le dit rarement. Un podcast vient de s’arrêter sur ce qui suit le 5‑MeO‑DMT quand ça ne se referme pas tout seul : sommeil en miettes, dissociation qui s’installe, des mois. Là encore, ce qui déborde, c’est l’expérience, pas la pharmacocinétique. Elle continue longtemps après que la molécule est partie.

On nous avait promis un futur qui n’est jamais arrivé, écrivait un blog du milieu il y a quelques jours. Peut‑être parce qu’on l’attendait du mauvais côté. Le produit fini, breveté, avalable au petit-déjeuner, c’est le rêve d’une industrie, pas la description de ce qui se passe. Il faudra bien finir par admettre que la chose qui marche est aussi celle qu’on n’arrive pas à vendre.

Les brèves

Cinq signaux relevés cette semaine.

Science

Sous psilocybine, le cerveau ne se disperse pas : il se réaccorde

Soixante‑deux adultes passés à l’IRM et à l’EEG, au repos, en méditation, en musique et devant un film. L’équipe de Devon Stoliker (Monash) publie dans Nature la plus grande imagerie d’une dose aiguë de psilocybine : les frontières entre réseaux s’effacent, mais ce qui les remplace n’est pas du désordre.

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Société

Un an après le Mexique, neuf vétérans racontent ce qui a tenu

60 Minutes avait suivi neuf vétérans américains partis chercher au Mexique, dans des cérémonies à la psilocybine payées par une association, ce que leur système de santé ne leur proposait pas. Presque un an plus tard, CBS News les rappelle un par un : la plupart parlent d’une vie coupée en deux. Le reportage laisse intacte la question qui fâche, pourquoi il fallait passer une frontière pour ça.

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Société

Après le crapaud, la redescente dont personne ne fait le récit

Le podcast The Entheogenic Evolution consacre son 407e épisode à un cas précis : ce qui arrive après une expérience au 5‑MeO‑DMT quand elle ne se referme pas toute seule. Reconnexion difficile, troubles du sommeil, sentiment de dissociation qui s’installe. Une molécule qu’un laboratoire vient de racheter deux milliards huit cents millions, et dont l’après reste peu documenté.

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Culture

Le futur psychédélique qu’on nous avait promis n’est jamais arrivé

The Psychedelic Blog fait les comptes : où est passé le futur qu’on nous vendait il y a cinq ans ? Ni l’approbation fédérale, ni les cliniques à tous les coins de rue, ni la révolution des consciences. Un texte salutaire pour se rappeler que l’enthousiasme n’a jamais été un calendrier, et que la déception fait partie du dossier.

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Les recommandations

To Trip or Not to Trip

Science, Quickly · Scientific American Rachel Nuwer

Rachel Nuwer met dans le même épisode David Olson, le chimiste qui a fondé Delix, et Gül Dölen, la neuroscientifique pour qui la molécule rouvre une fenêtre d’apprentissage que seule l’expérience permet d’utiliser. Autrement dit : les deux camps du pari de Johnson & Johnson, réunis deux ans avant qu’il soit signé. En anglais, court, et la façon la plus rapide de comprendre ce qui vient d’être acheté.

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Altered States

Film Ken Russell, avec William Hurt 1980

Un universitaire s’enferme dans un caisson d’isolation avec un breuvage rapporté du Mexique, bien décidé à traiter ses visions comme des données. Ken Russell filme la suite, c’est‑à‑dire le moment où l’expérience refuse de rester dans le carnet de notes. Inspiré des travaux de John Lilly, le film a quarante‑six ans et pose déjà mieux que nous la question du jour : ce que tu vois compte‑t‑il, ou n’est‑ce que ce que fait la chimie en passant ?

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Voilà pour cette livraison. Si elle t’a servi, le meilleur geste, c’est de la transmettre à quelqu’un que ça pourrait intéresser.

La rédaction