Cette semaine, Washington a mis cinquante millions de dollars sur l’ibogaïne. L’agence ARPA‑H ouvre un appel à projets pour des essais accélérés chez des patients dépendants aux opioïdes, dossiers à rendre avant le 15 octobre, et le Texas avait déjà voté la même somme. La molécule que les guérisseurs bwiti utilisent depuis des générations entre dans le circuit pharmaceutique par la porte du financement rapide.
Le même jour ou presque, un état des lieux de la filière remettait sur la table ce que personne n’a envie de lire : des morts cardiaques dans des cliniques à l’étranger, des patients jamais dépistés pour les pathologies qui contre-indiquent le produit. L’ibogaïne allonge l’intervalle QT, autrement dit elle étire le cycle électrique du cœur. Ce n’est pas une controverse, c’est de la pharmacologie.
Au Costa Rica, la mort d’une visiteuse américaine en 2024 revient hanter un secteur du bien‑être qui s’autorégule depuis vingt ans. Et dans un essai pilote de Johns Hopkins, vingt malades de Lyme au long cours vont mieux six mois après la psilocybine, avec ce détail que personne ne met en titre : neuf sur dix ont fait une poussée de tension.
On parle de la psyché sans arrêt. On parle très peu du corps qui la porte, de son rythme, de sa pression, de son électricité. C’est pourtant lui qui décide si quelqu’un ressort de la séance.
En Nouvelle-Zélande, deux psychiatres viennent d’obtenir le droit de prescrire de la MDMA. Deux. Nommés. Comptables de ce qu’ils signent. C’est lent, c’est étroit, et c’est peut‑être la seule chose de la semaine où quelqu’un a un nom à mettre en face d’un risque.