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Newsletter №005 · Ce que la guérison ne dit pas
Parution · mercredi 19 août 2026 · 7 h

№005

Thème du numéro Ce que la guérison ne dit pas

Ce que la guérison ne dit pas

Un tiers à la moitié ne répondent pas, la peur de devenir fou n’a pas de case, la mescaline attend depuis soixante‑dix ans. Ce que la belle histoire laisse dehors.

L’archive

Deux profils du même crâne : à gauche les lobes de l’anatomie, à droite les neuf « facultés » du système phrénologique de Bernard Hollander. Dessin à la plume, vers 1902.
Deux profils du même crâne : à gauche les lobes de l’anatomie, à droite les neuf « facultés » du système phrénologique de Bernard Hollander. Dessin à la plume, vers 1902. Wellcome Collection, domaine public.

Deux fois la même tête, deux prétentions différentes. À gauche, ce qu’on pouvait alors ouvrir et vérifier : quatre lobes. À droite, ce qu’on croyait pouvoir y loger : neuf facultés numérotées, dont la clé se trouve toujours sur une autre planche. La phrénologie ne s’est pas trompée en mesurant, elle s’est trompée en ne laissant aucun blanc. Un siècle plus tard, on cartographie le cerveau psychédélique avec de bien meilleurs outils et la même envie de tout nommer. La question utile n’est pas ce que montre le profil de droite. C’est comment on saura qu’on est en train de le refaire.

L’édito

On publie ce qui marche

Rachel Ham, à Monash, est allée chercher les gens dont on ne parle jamais : ceux chez qui la psilocybine n’a pas marché. Un tiers à la moitié des patients ne franchissent jamais la barre des cinquante pour cent d’amélioration. Elle en a interrogé sept. Leur voyage ressemblait à celui des autres. Tous en ont tiré quelque chose, souvent mêlé de détresse. Elle refuse de les appeler des non‑répondeurs et propose répondeurs limités, ce qui n’est pas de la délicatesse mais de la précision.

Ces gens sont dans chaque essai depuis dix ans. Ils n’ont juste jamais eu le micro. Le récit thérapeutique réclame un avant et un après ; eux ne fournissent ni l’un ni l’autre, alors ils sortent du cadre par l’escalier de service, avec les moyennes.

Ce qui sort aussi, c’est la peur. À l’institut psychédélique de l’hôpital Ichilov, à Tel‑Aviv, des chercheurs se sont penchés sur le moment le plus terrifiant d’une prise. Ce n’est pas l’hallucination. C’est la conviction de devenir fou. Quand la dissolution de l’ego tourne mal, le narrateur intérieur se tait et la sensation de mourir prend toute la place. Cherche la case correspondante dans un tableau d’effets indésirables.

Et il y a ce qu’on n’a jamais regardé. C’est à propos de la mescaline qu’Osmond a inventé le mot « psychédélique », dans une lettre à Huxley en 1956. Soixante‑dix ans plus tard, les premiers chercheurs à la passer au scanner découvrent qu’elle ne prend pas du tout le même chemin dans le cerveau que la psilocybine. On avait donc étendu à toute une famille ce qu’on avait mesuré sur un seul de ses membres.

Pendant ce temps, le récit se comprime. Chacruna raconte comment les réseaux ont d’abord ouvert l’accès aux savoirs sur les plantes, avant de les réduire à des clips de quatre-vingt-dix secondes, où un influenceur avale une once de champignons en direct pendant que les créateurs critiques se font déplateformer. Ce qui saute au montage, c’est précisément le tiers qui ne répond pas, la terreur, et les blancs de la carte.

Andrew Weisse, lui, pose neuf questions dont aucune ne parle de guérison : la microdose l’emportera-t-elle sur la cérémonie, faut‑il confier son intégration à une machine, pourquoi ces molécules transforment-elles les uns et pas les autres. Ce sont de bonnes questions parce qu’elles n’ont pas de réponse commercialisable.

Je n’écris pas ça pour refroidir qui que ce soit. On croit à ces molécules, ici, et l’honnêteté reste la seule chose qui sépare une revue de presse d’une brochure. Un champ qui ne publie que ce qui marche finit par ne plus savoir ce qu’il soigne.

Les brèves

Cinq signaux relevés cette semaine.

Science

Ceux que la psilocybine ne soigne pas racontent enfin leur essai

Un tiers à la moitié des patients ne franchissent jamais la barre des 50 % d’amélioration. Rachel Ham (Monash) en a interrogé sept pour The Microdose : leur voyage ressemblait à celui des autres, et tous disent en avoir tiré quelque chose, souvent mêlé de détresse. Elle préfère parler de « répondeurs limités » et rappelle que guérir n’a jamais été linéaire.

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Science

La mescaline, grande oubliée des labos, passe enfin sous le scanner

C’est à propos de la mescaline qu’Osmond a inventé le mot « psychédélique », dans une lettre à Huxley en 1956, et depuis, la science l’a soigneusement laissée de côté au profit de la psilocybine. Nautilus suit les premiers chercheurs à la passer au scanner : leurs images suggèrent qu’elle ne prend pas du tout le même chemin dans le cerveau. Notre carte du psychédélique a de gros blancs.

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Société

Les influenceurs vendent la médecine des plantes en 90 secondes

Dennis Walker, élu « influenceur psychédélique de l’année » en 2023, retourne le compliment dans Chacruna : les réseaux ont ouvert l’accès aux savoirs sur les plantes, puis les ont compressés en clips de 90 secondes. Un influenceur avale une once de champignons en direct, un autre diffuse ses fortes doses à des millions d’abonnés, pendant que les créateurs critiques se font déplateformer.

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Culture

Neuf questions sur les psychédéliques où la guérison ne dit pas tout

Sur The Psychedelic Blog, Andrew M. Weisse en a assez du récit thérapeutique et pose neuf questions dérangeantes. La microdose l’emportera-t-elle sur la cérémonie ? Pourquoi ces molécules transforment-elles les uns et pas les autres ? Faut‑il confier son intégration à une machine ? Et si les coupe‑faim changeaient la société bien plus profondément ?

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Les recommandations

Alexandre Peyré : bad trips, expériences difficiles et cercles d’intégration

Thérapies psychédéliques Julie Dachez

Le psychologue Alexandre Peyré anime pour la Société psychédélique française des cercles d’intégration réservés aux expériences difficiles, et il en parle sans jamais promettre que tout finit bien. En français, ce qui est rare, sur le seul sujet dont les brochures ne parlent pas. À écouter avant de recommander une cérémonie à quelqu’un qu’on aime.

Écouter sur shows.acast.com →

Descending the Mountain

Documentaire Maartje Nevejan 2021

Un psychiatre, Franz Vollenweider, et un maître zen, Vanja Palmers, montent ensemble sur le Rigi pour une étude sur la psilocybine et la méditation, puis passent le film à ne pas tomber d’accord sur ce qu’ils ont vu. Maartje Nevejan filme précisément l’endroit où la mesure s’arrête et où l’expérience continue toute seule. Aucun des deux ne l’emporte, et c’est ce qui rend le film honnête.

Regarder sur descendingthemountain.org →

Voilà pour cette livraison. Si elle t’a servi, le meilleur geste, c’est de la transmettre à quelqu’un que ça pourrait intéresser.

La rédaction