Rachel Ham, à Monash, est allée chercher les gens dont on ne parle jamais : ceux chez qui la psilocybine n’a pas marché. Un tiers à la moitié des patients ne franchissent jamais la barre des cinquante pour cent d’amélioration. Elle en a interrogé sept. Leur voyage ressemblait à celui des autres. Tous en ont tiré quelque chose, souvent mêlé de détresse. Elle refuse de les appeler des non‑répondeurs et propose répondeurs limités, ce qui n’est pas de la délicatesse mais de la précision.
Ces gens sont dans chaque essai depuis dix ans. Ils n’ont juste jamais eu le micro. Le récit thérapeutique réclame un avant et un après ; eux ne fournissent ni l’un ni l’autre, alors ils sortent du cadre par l’escalier de service, avec les moyennes.
Ce qui sort aussi, c’est la peur. À l’institut psychédélique de l’hôpital Ichilov, à Tel‑Aviv, des chercheurs se sont penchés sur le moment le plus terrifiant d’une prise. Ce n’est pas l’hallucination. C’est la conviction de devenir fou. Quand la dissolution de l’ego tourne mal, le narrateur intérieur se tait et la sensation de mourir prend toute la place. Cherche la case correspondante dans un tableau d’effets indésirables.
Et il y a ce qu’on n’a jamais regardé. C’est à propos de la mescaline qu’Osmond a inventé le mot « psychédélique », dans une lettre à Huxley en 1956. Soixante‑dix ans plus tard, les premiers chercheurs à la passer au scanner découvrent qu’elle ne prend pas du tout le même chemin dans le cerveau que la psilocybine. On avait donc étendu à toute une famille ce qu’on avait mesuré sur un seul de ses membres.
Pendant ce temps, le récit se comprime. Chacruna raconte comment les réseaux ont d’abord ouvert l’accès aux savoirs sur les plantes, avant de les réduire à des clips de quatre-vingt-dix secondes, où un influenceur avale une once de champignons en direct pendant que les créateurs critiques se font déplateformer. Ce qui saute au montage, c’est précisément le tiers qui ne répond pas, la terreur, et les blancs de la carte.
Andrew Weisse, lui, pose neuf questions dont aucune ne parle de guérison : la microdose l’emportera-t-elle sur la cérémonie, faut‑il confier son intégration à une machine, pourquoi ces molécules transforment-elles les uns et pas les autres. Ce sont de bonnes questions parce qu’elles n’ont pas de réponse commercialisable.
Je n’écris pas ça pour refroidir qui que ce soit. On croit à ces molécules, ici, et l’honnêteté reste la seule chose qui sépare une revue de presse d’une brochure. Un champ qui ne publie que ce qui marche finit par ne plus savoir ce qu’il soigne.